Syndicats de médecins

Patrick Emonts : « Quand les valeurs de nomenclature réformée sortiront, cela fera beaucoup de vagues »

Le journal du Médecin s'est entrentenu avec le Pr Patrick Emonts, président de l’Absym. Le gynécologue revient sur la réforme de la nomenclature, le rôle des syndicats dans la contestation et l’élargissement des missions des pharmaciens. S'il approuve souvent les principes, il conteste la manière de les traduire sur le terrain.

Un entretien de François Hardy - 7 septembre 2026

Patrick Emonts (Absym/BVAS)

Le journal du Médecin : La réforme de la nomenclature suit son cours. Quel regard portez-vous dessus ?

Pr Patrick Emonts : L’idée de départ est excellente. Depuis que la nomenclature actuelle a été établie, des disparités entre les spécialités sont devenues injustes. Un acte intellectuel devrait avoir la même valeur, quelle que soit la spécialité. En revanche, il faut le moduler en fonction du coût du matériel nécessaire. L’idée est donc de distinguer les honoraires professionnels, c’est-à-dire la valeur de l’acte intellectuel, et les frais de pratique. Déterminer ce que coûte réellement une prestation représente un travail de titan.

Comment la valeur relative des prestations est-elle établie ?

Pour les actes médico-techniques et chirurgicaux, des équipes de la KU Leuven et de l’ULB ont construit une échelle de valeurs, d’abord au sein de chaque discipline, puis entre les disciplines. Pour les consultations, trois composantes sont prises en compte : le temps, le risque et la complexité. L’unité de valeur relative standard correspond à vingt minutes, avec un risque et une complexité moyens. Elle peut ensuite être modulée. Se mettre d’accord est extrêmement compliqué, car chaque discipline défend ses spécificités.

Où se situe la principale inconnue ?

Tout est d’abord défini en valeurs relatives, mais personne ne sait encore ce que vaudra une unité : 28 euros, 30 euros, 40 euros ? C’est toute la difficulté. Il ne faut surtout pas oublier que nous travaillons dans une enveloppe fermée : nous disposerons de la même somme d’argent. Si beaucoup d’unités sont créées ou si leur valeur relative est élevée, la valeur monétaire d’une unité sera très basse. Évaluer les frais reste par ailleurs très compliqué, surtout dans les cabinets extrahospitaliers, où il faut payer le bâtiment, son entretien, le personnel et le matériel. Le ministre veut avancer vite : des tests à grande échelle sont annoncés en 2027 et l’entrée en vigueur est prévue en 2028. Quand chacun verra comment ses revenus sont redistribués, cela fera beaucoup de vagues.

Quel regard portez-vous sur l’UBPS, très présente dans la contestation ?

Je suis en très bons termes avec eux et je trouve qu’ils font un travail assez formidable, mais ce n’est pas un syndicat. Ce sont plutôt des relais d’opinion et des lanceurs d’alerte, mais ils ne siègent pas dans les commissions de concertation. Nous, nous sommes un intermédiaire : à la fois le reflet du terrain auprès du gouvernement et le reflet des positions politiques et institutionnelles auprès des médecins.

absym

« Je me bats pour que l’une des meilleures médecines d’Europe ne soit pas détruite par tous ces contrôles qui font perdre la confiance. »
- Pr Patrick Emonts, président de l'Absym

Le problème des syndicats médicaux, c’est que le travail réalisé dans les commissions manque de visibilité. On peut alors avoir l’impression que le syndicat dort et ne bouge pas. Mais nous sommes un syndicat de médecins, pas de métallurgistes : nous ne pouvons pas sortir dans la rue avec des boulons et des barres de fer. L’UBPS constitue un peu ce bras de contact public. J’admire le temps que ses membres y consacrent et leur volonté de défendre le terrain.

Que répondez-vous à ceux qui accusent les syndicats de défendre avant tout les revenus des médecins ?

S’il n’y avait qu’un message très fort à faire passer, ce serait celui-ci : nous voulons défendre la qualité des soins de santé, pas le revenu des médecins. On nous répète sans arrêt que les médecins gagnent trop, mais on regarde des chiffres bruts sans savoir ce que l’exercice coûte. Mon cabinet représente 10.000 euros par mois de frais de fonctionnement : il faut déjà gagner beaucoup d’argent avant de pouvoir les payer.

Je me bats pour que l’une des meilleures médecines d’Europe ne soit pas détruite par tous ces contrôles qui font perdre la confiance, et pour que ce métier reste attractif. Il faut arrêter de dire que les médecins sont des voleurs et des tricheurs à tous les coins de rue, ou que ce sont tous des gens riches. Qu’il existe des cas extrêmes de médecins qui se sont enrichis, c’est certain, mais ils ne représentent pas toute la profession.

Comment voyez-vous l’élargissement du rôle des pharmaciens, notamment dans la vaccination ?

Je comprends l’idée du ministre. L’accessibilité est parfois difficile et la prévention est essentielle. Le pharmacien a suivi des études universitaires, connaît bien les produits et est très accessible : la logique est donc de lui permettre d’élargir la prévention. Mais cette approche est à nouveau déconnectée de la réalité du terrain. Lorsqu’un médecin vaccine, il voit le patient. C’est l’occasion de prendre sa tension, de refaire le point sur son état de santé et, éventuellement, sur ses prescriptions. En les orientant ailleurs, on éloigne le médecin de ses patients. Et s’il survient un incident, certes rare, le médecin a la compétence professionnelle pour le prendre en charge.

Je jouerais plutôt sur l’offre médicale. Il faut tenir compte d’un changement de génération : pour remplacer un médecin qui travaillait 70 heures par semaine, il faut aujourd’hui deux jeunes médecins souhaitant préserver une qualité de vie, et on ne peut pas leur donner tort. Je préférerais identifier les zones où l’offre est insuffisante et créer des incitants pour y attirer des médecins.

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