Robotique en gériatrie : vers une intégration progressive dans les soins
INNOVATION De la stimulation des interactions sociales à la rééducation assistée, la robotique occupe une place croissante dans la recherche en gériatrie. Les travaux présentés lors de l'IAGG 2026 illustrent la diversité de ses applications et leur potentiel pour la prise en charge des personnes âgées.
Des robots compagnons aux dispositifs de rééducation, les technologies robotiques répondent aujourd'hui à des besoins cliniques variés. Toutes ces approches partagent toutefois un même objectif : compléter les soins conventionnels sans se substituer aux professionnels de santé.
Les robots compagnons : favoriser les interactions sociales
Avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes vivant avec une démence devrait plus que doubler au cours des prochaines décennies, tandis que les coûts sanitaires et sociaux pourraient presque tripler. Dans ce contexte, les robots sociaux constituent une approche non pharmacologique visant à préserver le lien social et à lutter contre l'isolement.
PARO est un robot compagnon interactif en forme de bébé phoque, évalué dans le cadre du projet européen MyRobot. Conçu pour susciter des émotions positives, réduire le sentiment de solitude et favoriser les échanges, il est équipé de capteurs tactiles, sonores et lumineux lui permettant d'adapter progressivement ses réactions à son utilisateur. Le choix d'un bébé phoque n'est pas anodin : moins familier qu'un chien ou un chat, il est moins susceptible d'évoquer des expériences négatives ou des souvenirs traumatiques, ce qui constitue l'un des arguments avancés en faveur de son acceptation.
Mené à travers huit études de cas, le projet MyRobot repose sur une méthodologie qualitative comprenant 124 entretiens approfondis, 100 observations de terrain et cinq ateliers de coconstruction visant à élaborer un guide d'utilisation du robot en pratique. Les résultats montrent que PARO agit avant tout comme un facilitateur des interactions sociales : il favorise les conversations, encourage la participation aux activités collectives et facilite les échanges entre les personnes vivant avec une démence, leurs proches et les soignants.
Une revue systématique regroupant neuf études randomisées suggère que les interventions avec PARO pourraient améliorer la qualité de vie, ainsi que certains symptômes neuropsychiatriques, notamment l'agitation, l'anxiété, l'apathie et les troubles du comportement.
Toutes ces approches partagent un même objectif : compléter les soins conventionnels sans se substituer aux professionnels de santé.
L'intérêt de PARO dépend autant de son utilisation que du robot lui-même. Son intégration doit s'inscrire dans une approche centrée sur la personne, accompagnée par les professionnels de santé et, lorsque cela est possible, par les proches. PARO apparaît ainsi avant tout comme un outil de médiation favorisant les échanges plutôt qu'un substitut à la présence humaine.
Préserver la mobilité pendant l'hospitalisation
Le maintien des capacités fonctionnelles et de l'autonomie constitue une priorité en gériatrie. Pourtant, l'hospitalisation s'accompagne souvent d'une diminution de la mobilité liée à l'inactivité, pouvant entraîner une perte d'autonomie qui persiste parfois après le retour à domicile.
L'étude ROBUST a évalué un programme de rééducation assistée par robot chez 447 patients hospitalisés de 65 ans et plus. Le dispositif propose des exercices répétitifs des membres inférieurs, en mode passif ou contre résistance (65 à 100 % de l'effort maximal), réalisés deux fois par jour en complément de la rééducation conventionnelle.
Outre les performances fonctionnelles, les chercheurs ont évalué l'expérience des patients. Les résultats montrent une excellente acceptabilité : 76 % rapportent une expérience positive, 83 % accepteraient de recommencer le programme et 85 % n'ont ressenti ni douleur ni inconfort. Plusieurs patients décrivent le robot comme un véritable « coach personnel », ce qui rend les exercices plus motivants.
Ces résultats montrent que les patients âgés adhèrent volontiers à ce type de rééducation assistée. Loin de remplacer les kinésithérapeutes, le robot apparaît comme un outil permettant d'intensifier l'entraînement et de favoriser le maintien de l'autonomie pendant l'hospitalisation.
Vers des robots capables d'accompagner la rééducation
Au-delà de l'assistance à la marche, la robotique pourrait également contribuer à la rééducation des membres supérieurs. Les lésions musculosquelettiques représentent une cause fréquente de perte fonctionnelle, alors que l'accès à la kinésithérapie reste parfois limité. Dans ce contexte, le robot humanoïde ARI a été développé pour guider les exercices grâce à des interactions vocales, visuelles et gestuelles afin de personnaliser la rééducation et de renforcer l'engagement des patients.
Son développement repose sur une approche centrée sur les utilisateurs, associant 33 professionnels de santé. Plus de 300.000 séances simulées ont ensuite permis d'entraîner un modèle d'intelligence artificielle capable d'adapter les exercices au profil du patient. Une première évaluation auprès de 16 praticiens suggère que cette approche est pertinente, adaptable et sûre, tout en soulignant la nécessité de garde-fous face aux limites actuelles des modèles de langage.
La valeur de ces robots dépendra avant tout de leur capacité à s'intégrer au parcours de soins. Ils devront personnaliser la rééducation, s'adapter aux capacités, à la douleur et aux préférences de chaque patient, tout en soutenant, plutôt qu'en remplaçant, la relation entre le patient et le thérapeute. Leur place dans les soins, leur coût et leur impact organisationnel et environnemental devront encore être précisés avant une diffusion à grande échelle. Ces différentes approches illustrent ainsi l'intégration progressive de la robotique en gériatrie, appelée à compléter les soins conventionnels sans se substituer aux professionnels de santé.
Références
1. Symposium Robotics in Geriatric Care. IAGG World Congress 2026. (Présentations : MyRobot, ROBUST et ARI).
2. Wang X, Shen J, Chen Q. How PARO can help older people in elderly care facilities: A systematic review of RCT. Int J Nurs Knowl. 2022;33:29-39. doi:10.1111/2047-3095.12327.