Congrès EAHP, Barcelone 2026
L’IA est-elle un allié pour prévenir les interactions médicamenteuses ?
L’intelligence artificielle est désormais incontournable dans la pratique quotidienne du pharmacien hospitalier. Lors du congrès de l’EAHP, plusieurs posters et présentations ont abordé la possibilité d’utiliser l’IA pour détecter et prévenir les interactions médicamenteuses.
Les interactions médicamenteuses constituent une préoccupation récurrente pour les pharmaciens (dont hospitaliers), car elles peuvent souvent entraîner des conséquences graves, parfois même fatales. ChatGPT pourrait-il être un allié potentiel pour détecter les interactions entre médicaments, s’est demandé Hermine Decouvelaere, pharmacienne hospitalière à l’Hôpital Ambroise-Paré (Boulogne-Billancourt) ? Ou ses hallucinations constituent-elles un obstacle majeur ?
Mme Decouvelaere a sélectionné quatorze médicaments commercialisés avant 2010 ainsi que sept médicaments mis sur le marché depuis juin de l’année dernière ou disponibles dans le cadre d’une Compassionate Use Authorization (CUA). Toutes les combinaisons possibles ont ensuite été soumises à ChatGPT-5, par paires. Les réponses de ChatGPT-5 ont été comparées à d’autres sources, telles que la notice du médicament et la littérature scientifique.

Hallucinations
Dans près des trois quarts des cas (72 %), ChatGPT-5 a correctement identifié l’interaction médicamenteuse. Le risque d’hallucinations s’est toutefois révélé relativement élevé (12 %). Cela peut sembler peu, mais dans des situations où la vie du patient peut être en jeu, ce pourcentage reste important. L’IA s’est surtout trompée avec les médicaments plus anciens. En revanche, pour les nouveaux médicaments et ceux disponibles dans le cadre d’une Compassionate Use Authorization (CUA), ChatGPT-5 semble capable d’identifier des informations exactes. « ChatGPT-5 ne peut pas remplacer l’expérience humaine ni les bases de données pharmacologiques validées ; il ne peut être utilisé que comme outil d’aide, dont les résultats doivent toujours être vérifiés », conclut Mme Decouvelaere.
ChatGPT-5.2 est-il meilleur que ChatGPT-4o pour détecter les interactions médicamenteuses ? Voilà une autre question, que se sont posée des chercheurs du Centre médical universitaire Erasmus de Maastricht, dans un contexte où l’on affirme régulièrement que chaque nouvelle génération d’IA est plus performante et commet moins d’erreurs. La précision est passée de 85,9 % à 97,6 % avec la nouvelle génération de ChatGPT. Le taux d’erreur a quant à lui chuté de 23,3 % à 2,5 %. Le résultat le plus remarquable est peut-être que ChatGPT-5.2 n’a présenté aucune hallucination, alors que celles-ci survenaient encore dans 9,5 % des cas avec ChatGPT-4o. « ChatGPT-5.2 est clairement supérieur à l’ancienne version ChatGPT-4o. À l’avenir, il pourra continuer à être utilisé comme outil d’aide à la détection des interactions médicamenteuses », concluent les chercheurs.
Assistant digital
Des chercheurs de l’Elisabeth-TweeSteden Ziekenhuis de Tilburg ont étudié si les patients tirent bénéfice de l’utilisation d’un assistant numérique lorsqu’ils sont confrontés à une réaction allergique à un médicament. Leur étude montre qu’il existe un écart important entre les recommandations formulées par l’assistant numérique et les décisions prises par les cliniciens.
Cette divergence n’a pas toujours des conséquences graves. Dans 61 % des cas où une différence a été constatée, celle-ci était sans conséquence clinique. Dans 26 % des cas, des examens complémentaires étaient nécessaires pour déterminer si un préjudice potentiel pouvait survenir. Dans 6 % des cas, les conseils de l’assistant numérique ont entraîné un dommage temporaire, tandis que dans 7 % des cas, une hospitalisation a même été nécessaire.
« Un assistant numérique peut apporter une réelle valeur ajoutée, mais il n’est pas encore totalement au point », concluent les chercheurs néerlandais.