OpinionMédicaments et pharmacothérapie

Lettre ouverte aux décideurs

"Pour une politique ambitieuse en faveur de l'automédication accompagnée, de l'information fiable sur les médicaments et du bon usage" 

Dans un contexte marqué par la pression croissante sur les systèmes de soins, la montée de la désinformation en santé et l'impératif de transition environnementale, il est urgent de replacer l'automédication accompagnée au cœur des politiques publiques de santé. Une lettre ouverte de BACHI, l'association belge des entreprises de l'industrie des médicaments et produits de santé en vente libre.

Marc Gryseels, administrateur délégué, et Thibaut Uylenbroeck, secrétaire général de BACHI - 9 avril 2026

BACHI lettre ouverteL'automédication ne doit pas être opposée au parcours de soins. Lorsqu'elle est encadrée, conseillée et orientée par les professionnels de santé, elle constitue au contraire un levier puissant de santé publique : 

  • Elle favorise la prise en charge rapide des affections bénignes,
  • Renforce l'autonomie des citoyens,
  • Améliore l'efficience du système de santé,
  • Contribue à réserver les ressources médicales aux situations qui le nécessitent réellement. 

À l'inverse, une approche purement restrictive comporte des risques évidents : mésusage, retards de prise en charge, achats inadaptés, accumulation de médicaments non utilisés et confusion entre information fiable et contenus trompeurs diffusés en ligne. C'est pourquoi nous défendons une ligne claire : éduquer plutôt qu'interdire, accompagner plutôt qu'ignorer, responsabiliser plutôt que subir. 

Différents enjeux

L'enjeu est d'abord sanitaire. Le bon usage du médicament repose sur un triptyque essentiel : information claire, conseil professionnel, compréhension par le patient. L'automédication accompagnée permet précisément de sécuriser ce cadre. 

Le pharmacien, en particulier, joue ici un rôle déterminant d'orientation, de vigilance et de prévention. Il est souvent le premie rprofessionnel consulté. Il doit être pleinement reconnu comme un acteur de premier recours dans la gestion des pathologies bénignes et dans la prévention du mésusage.

L'enjeu est aussi démocratique. Les citoyens sont exposés à une masse croissante de contenus approximatifs, anxiogènes ou erronés sur les médicaments, en particulier sur les réseaux sociaux. Or, paradoxalement, les acteurs responsables et réglementés disposent de marges d'expression extrêmement limitées.

Les titulaires d'autorisation de mise sur le marché et les entreprises opérant dans un cadre strict ne peuvent ni répondre librement aux contrevérités qui circulent, ni corriger en temps réel certaines affirmations manifestement fausses, au risque de se voir reprocher une communication promotionnelle inappropriée. 

Cette situation crée un déséquilibre préoccupant : les discours les moins contrôlés circulent le plus facilement, tandis que les acteurs les plus encadrés sont souvent réduits au silence. Il est donc indispensable de mieux distinguer, dans le débat public, la promotion commerciale de la diffusion d'une information objective, utile et vérifiable sur les médicaments. Informer sur le bon usage, les précautions d'emploi, les contre-indications d'un traitement ou la nécessité d'un avis professionnel ne constitue pas une incitation à la vente ; c'est une exigence de santé publique.

Dimension environnementale

Cette réflexion doit également intégrer la dimension environnementale. La lutte contre la pollution médicamenteuse et contre le gaspillage ne pourra être gagnée par une seule mesure technique. Réduire la taille des conditionnements peut, dans certains cas, contribuer à limiter les restes inutilisés ; mais cette réponse, à elle seule, ne traitera pas la racine du problème. 

Le véritable enjeu réside dans l'usage rationnel des médicaments :

  • Prescrire ou conseiller lorsque c'est pertinent,
  • Informer sur la bonne utilisation,
  • Prévenir les achats inutiles,
  • Eviter le stockage excessif,
  • Favoriser le retour des médicaments non utilisés dans les filières appropriées. 

Or le contexte a profondément changé. L'accès aux médicaments en vente libre est aujourd'hui facilité par le commerce en ligne, par des plateformes étrangères, et par des modèles plus libéralisés dans d'autres pays. Penser que l'on peut répondre à cette nouvelle réalité par la seule interdiction ou par le seul durcissement des règles nationales serait illusoire. Lorsque l'accès devient plus facile, plus diffus et parfois moins contrôlé, la réponse la plus efficace n'est pas moins d'information : c'est davantage d'éducation, davantage d'accompagnement et davantage de repères fiables. 

Nos priorités

Nous appelons donc les pouvoirs publics à engager une approche cohérente et moderne, fondée sur plusieurs priorités :

  • Reconnaître pleinement l'automédication accompagnée comme un pilier complémentaire du parcours de soins ;
  • Renforcer le rôle des professionnels de santé, en particulier du pharmacien, dans l'orientation, le conseil et la prévention du mésusage ;
  • Faire évoluer le cadre de communication afin de permettre une information plus utile, plus réactive et plus pédagogique sur les médicaments, dans le strict respect des exigences éthiques et réglementaires ;
  • Mieux armer la société contre la désinformation en santé en donnant plus de place aux sources fiables, compréhensibles et responsables ;
  • Placer le bon usage du médicament au cœur des politiques environnementales, non pas dans une logique punitive, mais dans une logique d'éducation, de responsabilité et d'efficacité. 

Une politique publique mature ne consiste pas à nier les usages, mais à les organiser. Elle ne consiste pas à supposer que les citoyens renonceront à chercher des solutions par eux-mêmes, mais à faire en sorte qu'ils puissent le faire de manière sûre, éclairée et responsable. En matière de selfcare, le véritable choix n'est pas entre liberté ou protection ; il est entre abandon ou accompagnement. 

Nous avons aujourd'hui l'opportunité de bâtir une vision plus équilibrée, plus réaliste et plus protectrice du médicament sans prescription : une vision fondée sur la confiance, la compétence, la responsabilisation et la qualité de l'information. 
Parce qu'en santé publique, la bonne réponse n'est pas d'interdire par principe. La bonne réponse est d'éduquer, d'accompagner et de prévenir. 

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un partenaire premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • newsletter hebdomadaire avec des nouvelles de votre secteur
  • l'accès numérique à 35 revues spécialisées et à des aperçus du secteur financier
  • Vos messages sur une sélection de sites web spécialisés
  • une visibilité maximale pour votre entreprise
Vous êtes déjà abonné? 
Magazine imprimé

Édition Récente
20 mars 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine