Les médecins-conseils ne sont pas des fournisseurs de congés de maladie, mais les gardiens d’un équilibre délicat
Médecins-conseils de tous les organismes assureurs
Ces derniers mois, le rôle des médecins-conseils dans le contrôle et l’accompagnement des malades de longue durée a régulièrement fait l’objet de critiques. En tant que groupe professionnel, nous nous tenons généralement à l’écart de la politique et de la controverse. Mais la manière dont notre rôle est réduit ces derniers temps à une caricature nous oblige à prendre la plume.
Les médecins-conseils n’ont pas pour mission de maintenir les gens « comme ça » en congé de maladie, ni d’octroyer des indemnités comme une forme de fidélisation des clients. Leur rôle est exactement inverse : évaluer, en toute indépendance et dans un cadre légal clair, dans quelle mesure l’état de santé d’une personne affecte sa capacité de travail, et déterminer si une indemnité de l’assurance maladie est justifiée.
Méconnaissance de la réalité
Cela ne se fait pas en termes abstraits, mais au cours d’entretiens avec des personnes qui se trouvent souvent dans des situations vulnérables et complexes. Les médecins-conseils et leurs équipes multidisciplinaires prennent ainsi des décisions qui peuvent avoir des conséquences importantes sur la vie des personnes concernées. Ouvrir un droit à une indemnité, en assurer le suivi ou y mettre fin demande donc non seulement une expertise médicale, mais aussi de la prudence, de l’intégrité et un sens des responsabilités.
Réduire cette mission à du laxisme, à de la complaisance ou à la défense des intérêts d’un organisme, c’est méconnaître la réalité du travail de terrain. Les décisions sont étayées sur le fond, confrontées à la réglementation et doivent pouvoir résister à un contrôle et, si nécessaire, devant le tribunal du travail. C’est fondamentalement autre chose que de mener un débat à coups de slogans ou d’oppositions simplistes.
Les médecins-conseils accompagnent en outre quotidiennement des personnes dans leur parcours vers le rétablissement, la réintégration et, lorsque c’est possible, le retour au travail. C’est précisément pour cette raison qu’il est important de ne pas tomber dans une caricature qui oppose les travailleurs aux malades, ou qui présente implicitement l’incapacité de travail comme une question de confort ou d’abus. La réalité est plus complexe, et elle mérite davantage de sérieux.
Un débat de société adulte
Un débat de société adulte sur l’incapacité de travail est nécessaire. Il est légitime de poser des questions sur le fonctionnement, le suivi et l’activation. Mais ce débat doit partir des faits, du respect du rôle de chacun et de la reconnaissance des arbitrages difficiles qui sont posés chaque jour. Ceux qui présentent systématiquement les médecins-conseils comme des saboteurs du système ne minent pas seulement leur professionnalisme, mais aussi la confiance dans un élément essentiel de notre protection sociale.
La critique est permise. Le simplisme ne l’est pas.
La réforme est permise. Les caricatures n’aident pas.
Ceux qui veulent réellement faire avancer les choses le font avec nuance, sens des responsabilités et respect pour les personnes qui prennent chaque jour cette mission au sérieux.