PremiumClimat et durabilité

« Hélas, beaucoup de personnes sous-estiment encore la chaleur »

L’été 2026 restera dans les annales comme l’été le plus chaud enregistré dans notre pays depuis le début des relevés en 1922. La chaleur persistante a exercé une forte pression sur la santé publique, comme le montrent les chiffres de surmortalité publiés début août par Sciensano. Le Journal du Médecin s’est entretenu avec le Dr Jules Vertriest, médecin spécialiste du climat au Département flamand des Soins (Departement Zorg).

Floris Cup - 8 septembre 2026

Klimaatarts Jules Vertriest
Jules Vertriest : « La nature et le climat ne connaissent pas de frontières. » © Bart Van Gansen

Alors que les différentes vagues de chaleur sont encore fraîches dans les mémoires, les pays européens dressent leur bilan. France, Espagne, Pays-Bas et Allemagne : tous enregistrent une surmortalité imputable à la chaleur de ces derniers mois. Si l’on examine les chiffres belges via be-MOMO, l'agence qui surveille la surmortalité en Belgique, une nette surmortalité se dessine également dans notre pays, comparable à celle observée pendant la pandémie de covid-19.

« Un constat important qui ressort de ces chiffres est que les personnes âgées n’ont pas été les seules à souffrir de la chaleur. Les données montrent également une nette surmortalité dans la tranche d’âge des 15 à 65 ans », précise Jules Vertriest. « Le seul inconvénient est que cette tranche d’âge n’est pas subdivisée plus finement. La majorité des décès concernait-elle les plus de 60 ans, ou existe-t-il dans les données un groupe d’âge qui reste caché et nous échappe ? Les jeunes, par exemple, qui cherchent à se rafraîchir dans des plans d’eau et se retrouvent en difficulté en nageant. Ou encore les femmes enceintes, qui le sont généralement à un certain âge et supportent moins bien la chaleur. À l’avenir, il serait peut-être préférable de subdiviser davantage ce groupe afin de déterminer où se situent les vulnérabilités. »

Belgique et Europe

Lorsque l’on examine les chiffres flamands et qu’on les compare à ceux de l’Europe et de la Wallonie, on constate que la Région flamande se distingue positivement. Entre le 18 juin et le 1er juillet, 1.747 personnes de plus que la moyenne sont décédées dans notre pays : 682 en Flandre, 159 à Bruxelles et 919 en Wallonie. « Il semble que notre approche préventive, avec le déploiement du Plan flamand d’action contre la chaleur et la campagne “Warme Dagen”, ait porté ses fruits. Pour autant que nous puissions en juger, nous avons réussi à toucher de nombreux Flamands », observe le spécialiste. « Mais des améliorations restent possibles, surtout en matière de sensibilisation. Nous constatons malheureusement que beaucoup de personnes sous-estiment encore la chaleur. Or, avec les températures de l’été dernier, même les personnes jeunes et en bonne condition physique sont bel et bien vulnérables et doivent adapter leurs activités, notamment sportives, à la chaleur. »

« Les personnes âgées n’ont pas été les seules à souffrir de la chaleur. »

« Un autre point à améliorer consiste à identifier les groupes qui restent dans l’ombre, comme les sans-abri. Avec nos villes qui se réchauffent en été, ce groupe est particulièrement vulnérable, car il lui est très difficile d’échapper à la chaleur. Mais les femmes enceintes, par exemple, sont elles aussi encore trop souvent négligées. Nous devons donc continuer à rappeler le plus largement possible les messages de base : boire suffisamment, maintenir son environnement au frais et veiller les uns sur les autres. »

Incendies de végétation et pollution de l’air

Outre la chaleur, d'autres facteurs liés au climat ont également eu un impact sur la santé publique cet été. Ainsi, la réserve naturelle des Hautes Fagnes a été touchée par un incendie qui a ravagé plus de 3.000 hectares de végétation. Les incendies de végétation sont une conséquence de la sécheresse extrême et des températures élevées et, selon les experts du climat, ils ne feront que devenir plus fréquents à l’avenir.

« La nature et le climat ne connaissent pas de frontières. Lors des incendies dans les Hautes Fagnes, la fumée a entraîné localement une dégradation de la qualité de l’air, mais également en Flandre où elle a dérivé. Mais il existe aussi d’autres effets, comme en 2021, lorsque des inondations ont gravement touché la Wallonie et le Limbourg. Ce type d’événements doit être envisagé dans une perspective plus large, qui dépasse nos seules frontières linguistiques », explique le Dr Vertriest. « C’est pourquoi les différentes instances se concertent au-delà de cette frontière, par exemple dans le cadre du plan national ozone et chaleur. Il est donc important de ne pas nous limiter à notre propre région. Nos compatriotes francophones ont malheureusement été touchés par les incendies et les inondations, mais l’année prochaine, ce pourrait tout aussi bien être la Flandre. »

Maladies exotiques

On a récemment appris qu’aux Pays-Bas, deux personnes sont décédées des suites d’une infection par le virus du Nil occidental. Le virus est transmis par les oiseaux et les moustiques, qui, sous l’effet du changement climatique, parviennent de plus en plus souvent à survivre en Europe. Jules Vertriest souligne qu’il est dès lors important que les médecins et les professionnels de la santé sachent reconnaître certains signaux, même s’ils semblent anodins à première vue.

« En raison de l’évolution du climat, les médecins devront identifier activement lesquels de leurs patients appartiennent à un groupe à risque et leur fournir suffisamment d’informations », conclut le médecin spécialiste du climat. « Ils devront également tenir compte de nouvelles maladies exotiques, comme le virus du Nil occidental. »

En Flandre, un « médecin du climat » : à quand en Wallonie ?

Depuis octobre 2024, le Dr Jules Vertriest est le premier « klimaatarts » du Département flamand des Soins (Departement Zorg). Il ne reçoit pas de patients : son rôle consiste à analyser, avec une approche médicale, les effets sanitaires du changement climatique (chaleur, UV, allergies et pollens, maladies transmises par des vecteurs, qualité de l’eau ou événements météorologiques extrêmes) et à traduire ces risques en politiques de prévention, recommandations et information à destination de la population et des professionnels de santé. Il est nommé par la gouvernement flamand. La fonction s’inscrit dans le Klimaatgezondheidsplan adopté en 2023. Le klimaatarts de nos voisins n'a pas son équivalent en Région wallonne. Lisez à ce propos en page suivante. 

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